Women’s Murder Club # 1 : Ist to Die de James PATTERSON…

Women's Murder Club #1 : 1st to die

Quel polar emporter à San Francisco pour un séjour d’une semaine ? J’avais parié sur Le Faucon maltais de Dashiell HAMMETT (1930) et 1st to Die, premier tome sur 18 de la série du Women’s Murder Club de James PATTERSON. J’ai commencé par le second, et jamais trouvé le temps, une fois sur place, de lire le premier…

Paru en 2001 aux Etats-Unis, 1st to Die (en VF : 1er à mourir) serait le seul de la série du Women’s Murder Club à avoir été entièrement écrit par l’auteur. Le roman policier a d’abord été adapté au cinéma sous le titre 1st to Die / Le Tueur des Nuits de Noces (en 2003), puis en série télé en 2007, sous le titre Women’s Murder Club : une seule saison de 13 épisodes, avec Angie HARMON dans le rôle principal.

De James PATTERSON, – vu en chair et en os dans la série Castle  -,  je connaissais déjà Le Masque de l’araignée/Along Came a Spider (1993) de la série Alex Cross : très bon, mais inracontable, car plein de rebondissements… 1st to Die est beaucoup plus structuré. Une bonne occasion de découvrir un polar basé à Frisco et d’épingler quelques-uns des « trucs » de l’auteur de best-sellers le plus vendu au monde selon le magazine Forbes (1) !

Le Women’s Murder Club contre le Tueur des Nuits de Noces

James PATTERSON aurait décidé de faire la peau aux weddings planners et à l’industrie du mariage aux Etats-Unis qu’il ne s’y serait pas pris autrement ! 3 mariages de 300 personnes au 30ème étage du Grand Hyatt (22), à Napa Valley (115) et au Rock’n’roll Hall of Fame de Cleveland (197) – et autant de témoins à interroger pour l’inspecteur Lindsay Boxer et le capitaine Chris Raleigh, son nouveau partenaire -, les « honeymoon murders » (4), doubles homicides touchant des jeunes couples innocents au soir de leur mariage ont visiblement pour but de détruire  tous les espoirs et les rêves humains (162) et sont sans nul doute l’œuvre d’un tueur en série (71).

Women's Murder Club : l'hôtel Grand Hyatt, lieu du premier double homicide

L’hôtel 4* Grand Hyatt de San Francisco Union Square –

  • Une enquête au cordeau

Une enquête qui commence comme un grand défi pour la brigade criminelle de San Francisco et le Women’s Murder Club, surtout quand le Serial Killer se mêle de changer de mode opératoire dès le deuxième double meurtre et de traverser tout le pays pour le troisième.

« I had to find the common denominator. How he knew his victims. How he knew so much about them. » (161), expose l’inspecteur Lindsay Boxer, qui rapporte les détails de l’enquête à la 1ère personne.

Alors que la première partie de l’enquête consiste à se rapprocher du tueur et savoir à quoi il ressemble, les talents d’interrogatrice de Lindsay lui permettent de mettre un nom sur le visage du criminel au chapitre 67. Il s’agit de Nicholas Jenks, un célèbre écrivain de polars best-sellers devenus des films à succès (256). Une figure de San Francisco ! (Tiens, tiens…)

Plutôt lent et méthodique, James PATTERSON ne nous épargne rien des détails de l’enquête, qui est menée dans les règles de l’art (le livre compte 462 pages !). Premier de la série du Women’s Murder Club, 1st to Die est sans aucun doute un procedural. Mais ici comme ailleurs, James PATTERSON use et abuse des rebondissements parmi lesquels un tremblement de terre, rien moins !…. Lorsqu’à la fin du livre 2, Lindsay, sûre de son fait, crève d’envie de confronter Jenks (276-277), le lecteur, lui, n’oublie pas qu’il lui reste encore 200 pages à lire !… A travers son personnage d’écrivain, James PATTERSON nous avertit :

« Jenks was a master of the surprise ending. » (425)

Je dis que James PATTERSON « abuse » des rebondissements, car finalement une intrigue haletante (ou peut-être le nombre de pages ?) lui importe plus, semble-t-il, que la parfaite démonstration d’une enquête criminelle bien menée. Dans le cas de 1st to Die, la qualité de l’intrigue nuit à la figure de l’enquêteur. Comme le lui assène Jenks l’écrivain de polars reconnu dans les toutes dernières pages du livre, Lindsay a « merdé » dans son enquête, « merdé dans les grandes largeurs » :

« You blew it, Inspector. I’m here to tell you how. […] You blew it big time, babe. » (460)

Et cette erreur a conduit à 2 morts supplémentaires en plus des « Bride & Groom murders » (117). Dont le nouvel amour de Lindsay…

Women's Murder Club : le Palace of Fine Arts de San Francisco, lieu du dénouement de l'enquête...

Le Palace of Fine Arts de San Francisco : lieu du dénouement de l’enquête… – ©Egor Shitikov/Pixabay

  • Qu’est-ce que le Women’s Murder Club?

Enquêtrice dévouée, l’inspecteur principal Lindsay Boxer n’a de cesse que de « nail this bastard », comme elle dit (251) – épingler le salopard auteur de ces doubles homicides. Quand les boss se montrent frileux car Jenks est une figure publique (256-257) et quand les procureurs exigent des preuves directes et non seulement circonstancielles (266-268), Lindsay Boxer a l’idée de mettre à profit les compétences de ses contacts et amies femmes « off the record » (140), pour faire avancer l’enquête. Composé – dans l’ordre d’apparition – d’une flic, d’une journaliste, d’une légiste et de l’assistante du procureur, le Women’s Murder Club – ou club d’enquête au féminin – se constitue tout naturellement  dans ce premier opus de la série :

  • Divorcée depuis 2 ans, Lindsay Boxer vit seule avec son chien et consacre toute sa vie à son métier
  • Elle rencontre Cindy Thomas sur la première scène de crime où la jeune reporter au San Francisco Chronicle a réussi à se faufiler dans l’espoir du scoop qui boostera sa carrière (34-37). C’est aussi elle qui trouve la première vraie preuve contre Jenks, en utilisant les réflexes propres à son métier (273).
  • Lindsay et la légiste afro-américaine Claire Washburn (57) sont amies depuis des années (154). Avec 25 kg en trop et un mari musicien, elle est la caution scientifique du groupe et l’incarnation de la sagesse naturelle, commente Lindsay (57).
  • Dernière à rejoindre le Women’s Murder Club, Jill Bernhardt est décrite comme une personne d’influence, un procureur adjoint coriace et très perspicace (265), aux dossiers toujours parfaitement préparés (267). C’est elle qui pousse toutes les autres dans leur exigence de la vérité.

Non seulement féminin, mais ouvertement féministe, chacune des membres du Women’s Murder Club est un crack dans sa partie et chacune a une histoire à raconter sur l’incompétence de son boss :

« We’ve got the top guns of the M.E.’s office, Homicide, even the press […] We could reassemble whatever clues came out of the official investigation, share what we had, cut through the political cover-your-ass and the bureaucracy. Three women, who would get a kick out of showing up the male orthodoxy. More important, we shared a heartfelt empathy for the victims. », explique Lindsay  (140).

Ainsi nait le Women’s Murder Club (141) ou, comme elles aiment se nommer : le « Margarita posse » (elles aiment se retrouver autour d’un verre), les « Bad-ass Bitches » ou les « Homicide Chicks » (280) :

« We were bright, attractive, take-no-shit women. We were going to run things – some day. » (280).

WomeLe n's Murder Club se réunit chez Rosie...

Le Women’s Murder Club se réunit chez Rosie… (Photo extraite de la série Women’s Murder Club, 1×01) – ©Richard Cartwright/ABC

Le Women’s Murder Club : recettes d’un best-seller

Parfait mélange de procedural, de thriller, de romance et de psychologie, le premier tome de la série du Women’s Murder Club 1st to Die a tout du polar à succès. D’abord par le choix des protagonistes et aussi par tous les ressorts utilisés pour assurer un rythme rapide au récit.

  • Le bon tueur, les bonnes victimes et en rythme, s’il vous plaît !

Sur plus de 126 chapitres et 462 pages, le rythme est certainement l’une des plus grandes qualités de l’écriture de James PATTERSON :

  • Faciles à lire, ses chapitres courts de 2 ou 3 pages max en font un page-turner.
  • L’enquête vise un serial killer (what else ?). Contrairement à la doxa concernant les tueurs en série, le SK de 1st to Die, – surnommé « Red Beard » (203), autrement dit « Barberousse » -, change de mode opératoire, tue parfois très loin de chez lui et l’on découvrira qu’il entretenait une relation suivie avec l’une de ses victimes. Toutes choses qui finalement s’expliquent dans les toutes dernières pages du roman. Chaque nouveau double homicide – puisque double homicide il y a ! – relance l’enquête, offre de nouvelles pistes et fait monter la tension.
  • James PATTERSON a pris bien soin de choisir les bonnes victimes (de tout jeunes couples, de ravissantes mariées…) pour qui enquêteurs et lecteurs ne peuvent ressentir que de la compassion (27) et il soigne la mise en scène : « Nasty. Sexually explicit » (204), pour ne pas dire racoleuse (62-63, 167, 204).
  • En dehors des crimes qu’il nous fait vivre à travers les yeux du tueur (chapitres 2, 27 et 51), James PATTERSON réserve aux lecteurs des moments « privilégiés » avec le SK (chapitres 7, 17, 38, 48, 77, 95, 114) destinés à nous faire entrer dans la tête du tueur, à nous donner des informations exclusives sur la manière dont il prépare ses meurtres et à nous faire partager la rage qui l’anime.
  • Comme les moments partagés avec le tueur, les réunions du Women’s Murder Club (chapitres 33/34, 45, 63, 73, 82, 84, 94, 103,113, 118) rythment le récit et l’enquête parallèle du Club apporte un nouveau souffle à l’enquête officielle.

Dans ce polar de James PATTERSON, toute l’affaire est de savoir qui mène le jeu (le flic, le tueur ou … ?)

  • Women’s Murder Club : la cible est une femme

Parler des femmes, choisir une femme comme personnage principal et parler à travers sa bouche, les meilleurs écrivains s’y sont cassé les dents… Mais avec PATTERSON, curieusement, tout semble vrai, authentique, en particulier les conversations des 4 filles concernant les mecs, façon Sex and the City (243-246), ou la manière dont elles se soutiennent entre elles. Bien vu !

James PATTERSON parvient à infuser de la romance, même un peu bébête, au milieu des soubresauts de l’enquête et des crimes immondes qui se poursuivent. Comme les crimes eux-mêmes, les face-à-face avec le SK ou les réunions du Women’s Murder Club, les moments de romance et la progression de l’histoire de cœur de Lindsay avec son nouveau partenaire Chris Raleigh scandent les quelques 462 pages du polar et maintiennent l’intérêt de ceux – de celles, plutôt ? – que les détails crus ou la lenteur de l’enquête rebuteraient.

Enfin, 1st to Die est aussi une histoire humaine avec la maladie (une leucémie potentiellement foudroyante) qui touche Lindsay Boxer dans ce premier volume de la série (19). En l’occurrence, la menace physique n’est qu’une motivation de plus pour Lindsay et ses collègues du Women’s Murder Club de mener l’enquête rapidement à son terme (251).

Peu importe que la romance en elle-même soit du niveau de la collection Harlequin, que le nœud du mystère se réduise à un bon maquillage et que – Attention, Spoiler ! – une tueuse-femme se fasse épingler parce qu’elle avait ses règles (424) et s’est fait pipi dessus (115, 422-423). Nous, on assume !… La cible des lecteurs visée par James PATTERSON est féminine et cela aussi est bien vu, si l’on en croit les statistiques du lectorat américain ! (2)

Le bouquin a ses (petites) faiblesses, en particulier l’accumulation de lieux communs concernant les femmes, mais James PATTERSON est très fort et c’est lui qui tire les ficelles « right up to the end ; […] To the very end » ! (220) A partir du 3ème livre de la série, James PATTERSON écrira les enquêtes de Lindsay Boxer et du Women’s Murder Club en collaboration avec une femme Maxine PAETRO. J’ai presque envie d’en lire un autre, pas vous ?

Women's Murder Club : le poster de la série

D’abord adapté au cinéma, les enquêtes du Women’s Murder Club sont développées en série pour la chaîne américaine ABC à partir de 2007…

NOTES :

  1. In : « James Patterson, l’écrivain le plus riche du monde »,  article de Jérôme Dupuis (L’Express, 12/10/2011)
  2. Quelques données statistiques sur les lecteurs américains et leurs genres de prédilection, Clovis Whitman, 27/09/2017.

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