« Jonathan Creek » (1/3)

 

Magie, énigmes et humour anglais…

Le récent article de « la Boîte à Séries » consacré à l’épisode de Pâques 2013 de « Jonathan Creek » m’a donné envie de revoir les premières saisons de cette superbe série vue sur le Câble il y a… des lustres ! J’espère que vous l’apprécierez autant que moi…

Bien que datant de 1997, la série britannique « Jonathan Creek » de David RENWICK ne s’est jamais vraiment arrêtée à la fin de sa 4ème saison, continuant à réunir des millions de fans anglais autour d’épisodes « spéciaux » diffusés à Pâques ou pour le Nouvel An en 2009, 2010 et 2013, et entamant même une 5ème saison de 3 épisodes en février 2014 ! Une occasion en or de revenir sur son passé (1) et d’en souligner les qualités qui en ont fait une série culte…

SOMMAIRE

  1. L’énigme et le magicien
  2. La caractérisation dans « Jonathan Creek »
  3. L’humour anglais de « Jonathan Creek »

Les Anglais sont bizarres. Pire, ils le savent et ils en jouent !

Ainsi au moment où commence la diffusion de la série « Jonathan Creek » sur la chaîne britannique BBC 1 en 1997, – et plus encore lorsqu’elle arrive chez nous en 2003 ! – on se demande bien où son créateur David RENWIK veut en venir avec cet improbable couple d’enquêteurs : un magicien rêveur et solitaire, vivant dans un moulin et affublé, été comme hiver, d’un duffle-coat et d’une permanente frisée (Jonathan Creek, interprété par l’excellent Alan DAVIES) et une journaliste d’investigation bien incapable de reconnaître le moindre indice (Maddie Maggelan, jouée par Caroline QUENTIN), remplacée à partir de la saison 4 par une animatrice TV (Carla Borrego, jouée par la pulpeuse blonde Julia SAWALHA) !

Jonathan Creek : l’énigme et le magicien…

Jonathan Creek (Alan DAVIES) & Maddie Magellan (Caroline QUENTIN)

 

Originale aussi dans sa forme, la série « Jonathan Creek » base toutes ses enquêtes sur des énigmes, un genre policier ultra codé dont l’écrivain de romans policiers et critique américain S.S. VAN DINE donne les règles dès 1928 (2). Il s’agit en somme de résoudre un « crime impossible », de venir à bout d’un « problème purement intellectuel » avec des moyens « strictement réalistes ». Une sorte de défi lancé par l’auteur au personnage du détective, mais aussi au lecteur (ici, au spectateur) puisque tous deux doivent avoir « des chances égales de résoudre le problème » grâce à des indices « pleinement énoncés et décrits en détail », si bien que « le fin mot de l’énigme doit être apparent tout au long du roman, à condition, bien sûr, que le lecteur soit assez perspicace pour le saisir ».

Comment peut-on être ici et ailleurs en même temps ?

  • En train d’assassiner son mari dans son atelier de peinture et dans son bureau de rédactrice en chef d’Eve Magazine, sous la surveillance très étroite de son assistante personnelle (1×1) ?
  • Enchaîné par des menottes vingt heures durant à un radiateur dans une pièce réservée à la contemplation et en train de faire disparaître une fan ? (1×4)
  • En réunion dans une tour de New-York et en train de boire un café au Wimpy du coin ? (2×2)

Comment une personne, un corps ou un objet (statuette, tableau de maitre) peuvent-ils se volatiliser soudain (1×4, 2×1, 2×3, 3×3, 3×4, 4×6 ), ou au contraire apparaître (comme un cadavre dans l’armoire de Maddie, entre le moment où on la lui livre en bas de chez elle et celui où elle arrive, hissée à bout de bras, au 4ème étage, dans sa chambre d’ami (1×3)) ?

Et toutes autres choses proprement inexplicables : des meurtres perpétrés dans une pièce ou un espace fermé de l’intérieur, dont le meurtrier ne peut s’être échappé (« body in a locked room » ou en français : mystère en chambre close) (1×2, 1×5, 2×4, 2×6, 3×2, Satan’s Chimney), zombies & communications d’outre-tombe (3×6, 4×4), cheveux qui repoussent en 48h (4×2), une morte déjà morte qui se suicide devant témoin (Black Canary ) ?

  • Pourquoi la magie ?

Jeux de miroirs, boîtes à double fond, illusions d’optique, manipulations, qui n’a pas rêvé qu’on lui explique le coup du lapin dans le chapeau, de la femme coupée en morceaux ou celui de l’assistante qui disparait sur scène sous les yeux de tous et réapparaît au fond de la salle ?

On pourrait attaquer la série pour sa misogynie. Qu’il s’agisse de Maddie Magellan, – pourtant journaliste d’investigation – ou de Carla Borrego, – présentatrice de l’émission « Eyes & Ears » (qui la remplace à partir de la saison 4) -, aucune des « assistantes » de Jonathan Creek n’est vraiment douée pour repérer des indices et encore moins les faire parler. Rien de plus drôle en effet que de voir Maddie se perdre dans des explications tordues ou Carla s’énerver parce qu’elle ne sait pas quoi chercher !

Mais il n’y a pas que les femmes qui soient nulles à ce jeu. Il y a aussi les enquêteurs officiels de la police. Et qu’on les affuble d’un trench-coat à la Humphrey Bogart (ou Columbo) – comme la commissaire de « The House of Monkeys » (1×5) – ou d’un macfarlane comme le faux Sherlock Holmes obèse de « Satan’s Chimney » (Christmas special 2001), les flics ont beau rouler les « r » comme des acteurs shakespeariens,  Jonathan Creek les bat toujours à plate couture ! C’est le duffle-coat qui gagne !

Le Detective Inspector in 1×5 « House of Monkeys » (à gauche) et dans le X-Mas Special « Satan’s Chimney » (right)

“You saw yourself how this door was bolted on the inside. This is a simple physical fact: nobody could possibly have killed your husband and then left this room”/Vous avez pu constater que la porte était verrouillée de l’intérieur. C’est une evidence : personne n’a pu assassiner votre mari et ressortir, explique le jeune flic, catégorique, dans “Jack in the Box” (1×2)

Et dans l’histoire de la fameuse armoire de Maddie (celle qui se charge mystérieusement d’un cadavre entre le rez-de-chaussée et le quatrième étage) :

« This is seriously impossible. […] I wonder how that was done !”/Tout cela est sérieusement impossible […] Je me demande bien comment on a fait !, s’exclame Maddie au téléphone, essayant de piquer l’intérêt de Jonathan (1×3)

Alors que Maddie reste perplexe (au point de tremper sa banane dans son thé), Jonathan tente de la mettre sur la voie :

« Sometimes it’s useful to look beyond the obvious !“ / Il faut savoir aller au-delà de l’évidence, dit JC (1×3)

« Magic is an illusion »/La magie, c’est une illusion, it’s the world of « make believe »/C’est le monde du faux semblant (1×1), explique Jonathan Creek. Et dans ce domaine, « Belief is indomitable. »/Et ce que nous sommes prêts à croire n’a de limite que notre imagination, confirme un spécialiste des aliens (3×3) !…

Dans le domaine du crime, ajoute JC :

« One must not confuse what’s impossible and what’s implausible […]. There is a way, a very elaborate way this crime could have been carried out”/Il s’agit de ne pas confondre l’impossible et l’invraisemblable. Ce crime est sans doute le fruit d’une élaboration complexe. (1×2)

Il conseille à Maddie d’adopter une attitude logique :

« You see, you’re making the big mistake of sticking to what is likely instead of to what’s logical. »/Tu fais une erreur en te focalisant sur ce qui est vraisemblable, plutôt que sur ce qui est logique. (2×1)

Et à Carla :

« Just clear your mind of all that paranormal junk. And think about what is physically possible however trived or contrived it may seem”/Oublie toutes ces conneries paranormales et concentre-toi sur tout ce qui est physiquement possible, même si cela te semble compliqué ou tordu. (4×4)

Maddie : « I just want you for your brain » (1×5)

Ressort comique de la série, si les femmes (les fans ?) de « Jonathan Creek » n’y comprennent rien, c’est qu’elles sont dans l’émerveillement et l’admiration (l’une des faces de la magie), l’autre face étant l’art de créer l’illusion ou, quand JC joue au détective, de « démonter » un miracle (« disproving a miracle » (1×1)).

« I just want you for your brain »/Ce que j’aime chez toi, c’est ton cerveau, lui sussure Maddie à l’oreille après s’être glissée dans son lit. (1×5)

La spécialité de Jonathan Creek ? Commencer par démontrer la solution la plus plausible (celle à laquelle, comme Maddie ou  Carla, vous êtes sans doute péniblement arrivés), avant de passer à l’autre, bien plus complexe, car née dans l’esprit d’un assassin, et de révéler « comment ça s’est passé » (exactement comme dans « Monk », et avec des preuves à peu près aussi  solides que celles de notre cher « lieutenant déficient » : un insecte volant, l’espace prévu pour le tuyau d’évacuation d’un sanitaire…).

Et comme dans toute véritable énigme (2), on s’aperçoit à la fin que l’épisode était truffé d’indices (comme cette image subliminale d’une tranche de jambon entre deux tranches de pain, supposée nous mettre sur la piste de la disparition du « Greco » (2X3) !

 

Grâce à cette forme de l’énigme, « Jonathan Creek » nous invite à questionner ce que nous voyons, les données apparentes d’un problème, et à utiliser notre imagination pour comprendre. Quand tout le monde en reste au « HOW ? » (c’est-à-dire au « Comment ? »), Jonathan cherche d’abord du côté du « WHY ? » (le « Pourquoi ? »), qui lui apporte beaucoup plus d’informations.

Le mieux, c’est que ça marche et après seulement quelques épisodes, vous allez vous découvrir les talents de JC pour la résolution d’énigmes apparemment insolubles !

Alors, prêts à vous lancer dans la série britannique « Jonathan Creek » ?

Prochain épisode sur LeMag.sktv.fr : la caractérisation dans « Jonathan Creek »

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(1) NB : Cette présentation a été réalisée à partir des Saisons 1 à 4 et des 2 « X-Mas specials »  de 1998 et 2001 : « Black Canary » & « Satan’s Chimney ».
(2) 20 règles pour le crime d’auteur – Article de S.S. Van Dine publié en septembre 1928 dans L’American magazine

En Savoir plus :

 

 

 

 

 

 

2 thoughts on “« Jonathan Creek » (1/3)

    • admin dit:

      Tu ne seras pas déçue ! C’est un peu foutraque, très, très anglais et donc super drôle ! Bon, je ne m’affole pas si tu n’es pas encore tout à fait convaincue : encore deux articles à venir sur le sujet. J’y arriverai ! Bises

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