« Millenium » version US…

C’est officiel, Millenium a été tuné !

A ne surtout pas lire si vous n’avez pas encore vu le film « Millenium : Les Hommes qui n’aimaient pas les femmes / The Girl With The Dragon Tattoo »…

(Mais qu’attendez-vous, donc ?…)

La version US du premier volet de « Millenium » est sortie le 18 janvier 2012 en France, vous n’avez donc plus aucune excuse de ne pas l’avoir vu !

Du coup, c’est sans arrière-pensée – et avec SPOILERS ! – que je publie mes notes sur ce film de David FINCHER, que j’ai eu la chance de découvrir en avant-première, une semaine avant sa sortie.

L’action : adaptation ou remake ?

Pour ceux qui attendaient de la version US une relecture originale du 1er volet de « Millenium », ou un scénario inventif après l’adaptation suédoise de 2009 de Niels Arden Oplev, le film de David FINCHER est une déception.

Passé le superbe (et bruyant) générique de Tim MILLER et une admirable exposition qui met rapidement toutes les cartes en main pour accueillir la suite, le film US, qui a commencé exactement comme le suédois, se contente de suivre les scènes et multiples rebondissements du livre, avant de « jeter l’éponge » dans un raccourci sans conséquence, il est vrai (Harriett est Anita), mais qui échange une révélation sous le grand soleil d’Australie pour une question apparemment anodine (« Harriett ? » ), dans un square de Londres, dont la portée pour l’intrigue risque fort de passer au-dessus de la tête de nombreux spectateurs…

Mais les limites d’une adaptation cinématographique de la géniale saga de 1.939 pages (576 pages pour le seul Tome I) de Stieg Larsson sont évidentes…

Si le rythme semble plus rapide dans la version Hollywood, avec notamment ce marché mis dans la main du journaliste par l’industriel dès les premières minutes du film (si Blomkvist mène à bien son enquête, Henrik Vanger lui donnera tous les éléments pour coincer Wennerström), – qui, me semble-t-il, n’était pas mis en avant dans le film suédois -, la promesse n’est pas tenue : Blomkvist peste à la fin du film, car il n’y a rien, selon lui, dans le dossier que lui remet Henrik Vanger et c’est Lisbeth seule qui « sort » l’affaire.

Ainsi le thème fascinant du hacking informatique (bien évoqué dans le clip du générique) fait-il juste l’objet de mentions « en passant » dans le corps du film ; de même les magouilles économiques de Wennerström, à l’origine de la ruine de Blomkvist au début du film et de son grand retour à la fin, sont à peine évoquées (peut-être dans les films à suivre ?). La manière dont Lisbeth détourne à son profit l’argent sale de Wennerström se transforme en performance visuelle d’acteur, où l’on voit le personnage de Lisbeth se transformer en poupée Barbie blonde et riche pour écumer les banques de Zürich… Sacrée actrice, Rooney MARA !

Des choix de réalisateur que précise l’analyse des personnages…

Les Personnages : glissements progressifs vers la romance…

Casting impeccable chez Fincher : physiquement, les personnages ressemblent tout à fait à ce qu’on imagine quand on lit le bouquin.

  • « Super Blomkvist » :

 

Le célèbre journaliste suédois Mikael Blomkvist joué par un Daniel CRAIG aux yeux limpides – et sans tablette de chocolat ! -, c’est évidemment un plus extrêmement appréciable… Le choix de l’ex-futur James Bond est d’ailleurs parfait, non seulement pour nous faire découvrir, au-delà du personnage de 007, les talents d’acteur du britannique, mais parce qu’il donne lieu à un clin d’œil savoureux au film d’Hitchcock « La Mort aux Trousses », lorsque Blomkvist (Cary Grant chez Hitch) s’approche de la belle maison moderne de Martin Vanger (ou de Phillip Vandamm ?), située sur les hauteurs, et se jette dans la gueule du loup… C’est sûr, Daniel CRAIG était l’homme du rôle !

Pour autant, le beau portrait du journaliste d’investigation économique décrit par LARSSON (son propre personnage) est un peu pâle dans le film de FINCHER. On sent moins la pression permanente dans laquelle il vit, sa parano certainement justifiée… Chez FINCHER, le beau gosse des médias dénicheur de scandales et adepte des relations libres vit presque incognito et est devenu un abstinent sexuel, presque surpris quand Lisbeth se glisse dans sa chambre (après lui avoir recousu sa blessure au fil dentaire quelques minutes auparavant !)…

Le héros est celui qui apporte les croissants à Lisbeth alors qu’elle se réveille d’une nuit torride auprès d’Elodie Yung (vue dans « Les Bleus : premiers pas dans la police » de M6) ; celui aussi qui manque vomir en découvrant son chat éventré sur le perron… A sa décharge, il a les mêmes lunettes que Stieg LARSSON et peut scanner des photos un crayon entre les dents !…

  • Lisbeth SALANDER, la rebelle :

 

Personnage emblématique chez LARSSON, Lisbeth à travers son interprète Rooney MARA est particulièrement mise en valeur dans le film de FINCHER et concentre sur elle une grande partie du message symbolique du film.

L’actrice Rooney MARA confirme son engagement personnel et physique pour ce rôle :

“Je me suis coupé, rasé et teint les cheveux en noir, je me suis fait poser six piercings sur le visage et la poitrine, j’ai décoloré mes sourcils en blanc, perdu plusieurs kilos, pratiqué le skateboard pour acquérir une démarche de garçon manqué, le kickboxing pour tasser ma silhouette et développer mon agressivité. J’ai appris à conduire une moto, à fumer. Sans oublier le maquillage, la garde-robe gothique et les tatouages.” [Citée par Stéphanie Belpêche, dans l’article du Journal du Dimanche/JDD du 15/01/2012 « Fincher s’empare de Millénium »]

Si les actrices Noomi RAPACE (dans la version suédoise) et Rooney MARA (dans la version US) apportent l’une comme l’autre et de manière égale toute leur rage, leur beauté et leur fragilité au magnifique personnage créé par Stieg LARSSON, quelques « inventions » visuelles chez FINCHER, contribueront certainement à fixer dans les mémoires son image du personnage :

  • les jolies « petites fesses blanches » de Lisbeth (comme dans la chanson de Cali : La Fin du Monde pour dans 10 Minutes) au lieu de celles de Bjurman, dans la scène du viol
  • son masque de vengeance (yeux maquillés de deux grands ronds noirs) quand elle s’attaque à Bjurman
  • son T shirt noir lacéré avec sur 3 lignes en grandes lettres grises « Fuck you – Fucking – Fuck »…

 

Le film est extrêmement violent (viol, coups, coups de feu et chasse à l’homme, photos des victimes des meurtres en série, torture…) et esthétique (le générique, bien sûr, la musique on y reviendra, les paysages, les couleurs jaune et bleu, sombres, la lumière, mais aussi la maigreur de Lisbeth, son look…). C’est la violence des hommes, mais aussi la violence d’une femme en réponse à la violence des hommes (et ça n’en est pas moins impressionnant !)

Le cœur  du film – comme du livre – c’est la violence faite aux femmes, une violence qui se transmet de père en fils, depuis la nuit des temps (de Gottfried à Martin)… Dans une interview du 18 janvier 2012, l’ex-compagne de l’écrivain-journaliste Eva GABRIELSSON rappelle d’ailleurs que « les titres de la trilogie Millénium étaient à l’origine Les Hommes qui n’aiment pas les femmes I, II et III. » (Frédéric STRAUSS dans l’article de Télérama du 18/01/2012 : “L’ex-compagne de Stieg Larsson n’est pas fan du nouveau “Millenium”).

Lorsque le journaliste prend contact avec Lisbeth pour la première fois, il lui propose de « faire une recherche pour coincer un tueur de femmes ». Et il semble avoir trouvé les mots pour la convaincre, puisqu’elle s’y met aussitôt, hackant tous les rapports de police évoquant des meurtres de femmes avant de se lancer à moto sur les routes pour interroger les enquêteurs et fouiller les dossiers.

La plus belle photo du film (et la plus symbolique) est sans doute le gros plan du visage de Lisbeth, de face, fonçant dans le noir sans casque sur sa moto, à la poursuite de Martin Vanger… (Elle nous a toutes vengées !…)

  • Une histoire d’amour et de guérison ?

Mais le film américain adoucit encore trop certains aspects du personnage de Lisbeth qui, dans le livre, est décrite comme une véritable autiste, une sociopathe,  que même quelques nuits avec un joli James Bond ne suffiraient pas à transformer et ramener dans le monde des humains.

Alors que le film suédois montre Lisbeth visitant pour la première fois sa mère à l’asile, se laissant toucher par elle et lui parlant de Blomkvist, sur la défense  :

« Il y a quelqu’un… Faut pas tomber amoureuse, tu sais ça mieux que personne, pas vrai, Maman ? »,

FINCHER montre Lisbeth préparant des tartines à Blomkvist le lendemain de leur première nuit et s’exprimant :

L : « J’aime bosser avec toi. B : Moi aussi, j’aime bosser avec toi »

Puis Lisbeth et Blomkvist se réveillant l’un à côté de l‘autre le lendemain de la mort de Martin, leurs visages très proches, doux, lumineux et comme il lui demande pourquoi elle a un tuteur, elle lui raconte tout : comment, petite, elle a aspergé son père d’essence et craqué une allumette pour défendre sa mère contre lui…

Et de retour à Stockholm, c’est à son ancien tuteur, diminué par une attaque, qu’elle confie qu’elle a un ami, quelqu’un de bien, qu’il apprécierait…, ajoutant même : « I’m happy » (Je suis heureuse). Quelqu’un a lu ça, dans le bouquin ?

Si FINCHER parvient à cultiver Lisbeth comme icône, il y a donc un affaiblissement des personnages de Lisbeth, et même de Blomkvist (voir plus haut), un glissement progressif du film vers une romance hollywoodienne (on y vient tout de même !), une histoire d’amour et de guérison, beaucoup plus lumineuse – et mièvre sous cet aspect – que le propos tenu par Stieg LARSSON dans le livre, par OPLEV dans le 1er film et même MILLER dans le clip du générique, qui compromet un peu la réalisation d’une suite made in Hollywood…

La B.O. de Trent Reznor et Atticus Ross…

Autre bonne surprise– en dehors du générique -, c’est la bande originale de Trent Reznor et Atticus Ross, aussi originale et surprenante qu’intéressante.

Une musique sombre, grinçante, comme une descente aux enfers, lancinante (est-ce le bruit de la cireuse dans le couloir pendant la scène de la fellation ?), intrigante avec des percussions africaines quand Blomkvist l’enquêteur se met en piste…

Ecoutez par exemple « Under the Midnight Sun » ou (voir rubrique “En savoir plus”) un court extrait de l’un des 39 morceaux contenus dans le triple album (déjà sorti le 9 janvier 2012).

Pour terminer et donner envie à ceux qui hésitent encore, le teaser du film américain « Millenium », présenté comme « The Feel bad Movie of Christmas » :

Alors, vous l’avez vu ? Vous êtes fan ? Vous préférez la première adaptation ou vous restez carrément fidèles au texte de LARSSON ?

Qu’en pensez-vous ?

En Savoir plus :

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