Les Rouleurs de Barbieux, de Philippe WARET…

Les Rouleurs de Barbieux : couverture du livre de Philippe WARET

Petit cadeau pour ceux qui ont attendu tout l’été le départ du Tour, une enquête sur les débuts de la petite reine. Après le monde de l’art, l’historien Philippe WARET s’intéresse à celui du sport cycliste à Roubaix. Les Rouleurs de Barbieux sont le quatrième tome des Mystères de Roubaix.

Dès la fin des années 1880, la vogue du grand-bi et des bicyclettes de sécurité cède le pas aux vélocipèdes à roues alignées. L’invention du pneu en caoutchouc par Dunlop en 1887 et surtout de la chambre à air en 1891 révolutionneront la pratique.

Courses sur route, championnats, le secteur s’organise. Comme dans d’autres domaines, la rivalité avec Lille s’exprime et aiguillonne les ambitions de la capitale du textile. Une histoire d’amour est née : celle de Roubaix et du cyclisme !

Quand Roubaix s’enflamme pour le vélo(cipède)

En promenade au Parc Barbieux, Arnaud notre héros journaliste sauve Antoine Procureur, un cycliste malencontreusement tombé à l’eau (19). En remerciement, celui-ci lui offre un vélo : « un Dupont fabriqué à Lille » (37). Antoine en a 3 ou 4, car c’est, dit-il, sa « grande passion » (37).

Arnaud prend sa première leçon et s’enthousiasme aussitôt. Comme ses collègues et amis du Populaire, il s’intéresse à tout ce qui est nouveau. Il se voit déjà faire ses livraisons à bicyclette (49). Avec l’idée d’en écrire un article, il interroge son interlocuteur, l’occasion pour Philippe WARET de nous resituer le sujet :

  • L’origine de l’invention (35)
  • L’état de la pratique (nombre de pratiquants, sport vs excursions) (35, 43)
  • Le prix des machines (34)
  • Les ateliers qui en fabriquent à Roubaix au moment où l’on parle (34)
  • La pratique des défis entre coureurs (25)
  • Le déroulement du championnat roubaisien en mai et septembre (25)
  • Les autres championnats existants dans les grandes villes du Nord (27)
  • Et même un panorama rapide des revues spécialisées de l’époque (65).

On apprend à cette occasion qu’Henri Bernard, patron du Populaire, est aussi vice-président du Sport vélocipédique roubaisien ou SVR (43). « Certes pour le moment le prix n’est pas abordable pour tous, mais j’ai idée que cela viendra. Qui de nos jours peut se payer un cheval ? » (44), note-t-il avec humour…

A l’époque, les courses ont lieu au Parc Barbieux dit « Le Beau Jardin » (40), et c’est un problème. Entre les promeneurs et les cavaliers (9), le manque d’une piste d’entraînement  correctement entretenue se fait sentir (32).

Les Rouleurs de Barbieux : carte postale ancienne du Parc Barbieux avec des nourrices

Le Parc Barbieux, lieu de promenade des enfants et des nourrices…

Théodore VIENNE et Maurice PEREZ, promoteurs du vélo à Roubaix

Parmi les passionnés du « sport véloce » (!) (68) se trouvent également des hommes d’affaires. Ils ont réussi, s’investissent dans l’organisation des courses et voient plus grand pour leur ville (68, 84, 95).Les Rouleurs de Barbieux : citation vélodrome

Ainsi Théodore VIENNE et Maurice PEREZ, qui apparaissent au chapitre 6 des Rouleurs de Barbieux, ne sont pas des personnages de roman. Associés dans une affaire de tissu (65), ce sont les authentiques présidents du SVR et du CVR (77) (Note 1). Ils ont laissé leur empreinte dans l’histoire du cyclisme et l’auteur les invite dans sa fiction.

Les Rouleurs de Barbieux commencent avec la préparation des prochaines courses de septembre. Lors d’une assemblée générale réunissant la presse, les 4  vélo-clubs et leurs membres, les deux hommes révèlent leurs ambitions :

  • S’organiser en Fédération Vélocipédique Roubaisienne de manière à obtenir la « reconnaissance au niveau régional » (81)
  • Lancer officiellement la construction du vélodrome de Roubaix (84-85) ôtant à Lille le monopole des courses sur piste (33).

La création d’un vélodrome est en effet la condition pour rendre les courses payantes (69). Et comme le note Philippe WARET à propos de Théodore VIENNE :

« Le sens des affaires n’était pas étranger à sa passion du vélo. Il avait senti, puis observé le développement de la pratique vélocipédique. Il en avait conçu quelques projets ambitieux qu’il estimait néanmoins réalisables. Et c’était pour bientôt, il le sentait. » (66)

Les Rouleurs de Barbieux : portraits de Maurice Perez et Théo Vienne, promoteurs du cyclisme à Roubaix

Maurice PEREZ et ‘Théo’ VIENNE ont vraiment existé. Vous pouvez compter sur Philippe WARET pour vous raconter l’histoire…

Qui sont Les Rouleurs de Barbieux ?

Mais bien sûr, le vélo a aussi ses détracteurs. C’est du moins l’angle dramatique choisi par Philippe WARET pour son quatrième tome des Mystères de Roubaix. Victimes de lettres anonymes menaçant notamment le vélodrome (72, 87), les deux associés font appel à l’équipe du Populaire pour enquêter…

Au Parc Barbieux, certains cyclistes s’amusent à « faire tomber les chapeaux des bourgeois ou les ombrelles des femmes » (45). Des coureurs disqualifiés dénoncent dans la presse « l’arbitraire du jury roubaisien » (102, 108). L’organisation de paris illégaux en marge du championnat fait craindre le trucage voire le sabotage des courses (70). La réputation du cyclisme à Roubaix est en jeu !

C’est finalement une cabale que découvrent nos trois journalistes (47, 93), organisée par troisième homme qui sait tirer les ficelles. Une sorte de querelle des Anciens et des Modernes à l’époque de la vélocipédie !

Quand ses manœuvres lui échappent, il faudra toute l’ouverture d’esprit et la modernité de nos trois journalistes pour résoudre le mystère.

 

J’ai mis du temps à le comprendre, Les Rouleurs de Barbieux ne font pas référence à des coureurs cyclistes, opposés aux grimpeurs ou sprinteurs… C’est une bande de 5 malfrats (149) à la solde du mystérieux commanditaire et qui vont se retourner contre lui. Bien avant les « bandits en auto » (Note 2), donc, Philippe WARET invente les « bandits à vélo » (140). Des vagabonds, chapardeurs ordinaires aux halles ou auteurs de vols à l’arraché qui s’en sortent d’un coup de pédale (194). Vous saviez, vous, qu’on pouvait faire tout ça avec un vélo ?

Pour revenir à la grande histoire, notez que c’est Théodore VIENNE qui est à l’origine de la prestigieuse course Paris-Roubaix en 1896.

Les Rouleurs de Barbieux : photo du départ du 2ème Paris-Roubaix en 1896

Départ du 2ème Paris-Roubaix en 1896 – Coll. ©Jules Beau

Les Rouleurs de Barbieux : les gagnants des premiers Paris-Roubaix

A gauche, Josef Fischer, gagnant du Paris-Roubaix 1896 ; à droite, Maurice Garin, gagnant de l’édition 1898…

EN BREF…

Avec Les Rouleurs de Barbieux, Philippe WARET nous propose un très beau travail d’historien appliqué au cyclisme. Les temps forts que sont les courses de septembre et l’inauguration du vélodrome roubaisien, le 10 juin 1895, se succèdent. C’est même le jour qu’il a choisi, car la date est authentique !,  pour l’arrestation des bandits.

On note l’incroyable séquence de la poursuite à vélo du voleur de rançon (218-220), véritable ballet filmé ! Celle aussi, non moins visuelle, du tour d’honneur et de l’échappée du bandit Face de Navet, découvrant mais trop tard sa vocation de cycliste. Si le roman souffre de quelques répétitions, l’écriture de Philippe WARET est toujours aussi cinématographique. Qui adaptera Les Rouleurs de Barbieux pour la télévision !

Êtes-vous fan de polars historiques ? Lirez-vous Les Rouleurs de Barbieux ?

Les Rouleurs de Barbieux : montage photo 1ère de couv et photo cycle NB

NOTES :

  • Le CVR (Cercle Vélocipédique Roubaisien) et le SVR (Sport Vélocipédique Roubaisien) sont deux des quatre vélo-clubs ou associations organisatrices du championnat roubaisien (250). Ils sont présidés par ces deux grandes figures du cyclisme à Roubaix :Théodore VIENNE et Maurice PEREZ.
  • Surnom de la Bande à Bonnot, anarchistes et criminels français actifs en 1911-1912 et qui utilisaient des automobiles alors que la Police ne disposait à l’époque que de vélos !

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