Roman noir : « Diable rouge » de Joe R. Lansdale

Pour en finir avec Vanilla Ride…

Fin mai, Thomas du site MyBOOX lançait un « Appel aux lecteurs » pour “Diable rouge”, la dernière aventure de la série Hap et Leonard écrite par Joe R. LANSDALE et parue dans la collection Sueurs Froides chez Denoël. Une bonne occasion de découvrir cet auteur texan remuant et plein d’humour et ses deux héros détectives amateurs…

9ème de la série et 7ème publié en France, je crois, « Diable rouge » (titre original : « Devil Red ») fait suite à « Vanilla Ride », qui mettait pour la première fois le petit blanc texan Hap Collins et son compère noir et homosexuel Leonard Pine face à la redoutable blonde surnommée Vanilla Ride, « machine à tuer pour de l’argent » (140), sorte de « James Bond Girl » (262)

(…) « belle à couper le souffle – comme dans un diabolique rêve érotique avec une peau couleur de crème à la vanille, des yeux bleus comme l’océan et des lèvres rouge sang ». (257)

Hap, blessé dans l‘aventure, n’en est pas encore tout-à-fait remis…

Quelle histoire !

D’abord, il y a les 100 dollars piqués à la veuve, que Hap & Leonard vont s’employer à récupérer en tabassant les coupables à coups de battes de baseball, pour un salaire ridicule qui couvre à peine l’achat des accessoires…

Puis leur patron, Marvin Hanson, des « Enquêtes Hanson » (36), les met sur un « cold case » qui s’avérera long et difficile à démêler : une veuve (encore !) persuadée que la police a bâclé l’enquête sur la mort de son fils et de sa petite amie, abattus en plein jogging dans un parc.

On est alors parti pour plus de 200 pages de pistes diverses et variées, et pour le moins pittoresques :

  • une bande de gothiques vampires et satanistes, « les Enfants de la Nuit » (82),
  • un bel héritage qui fait des jaloux (8 millions de dollars à un refuge pour chats !) (102),
  • un serial killer (quand on ne sait plus quoi imaginer, un « SK » est assez pratique…) (174-175)
  • des parents qui cherchent à venger la mort de leur enfant (230),
  • et jusqu’à une secte d’enfants meurtriers, « les Prostitués de la Mort » (269), élevés dans une grande maison et dressés pour tuer, et dont VR aurait elle-même fait partie (267).

« Des vampires, des têtes de diable, un cadavre bouffé par ses chiens et une pauvre femme qui a gagné le gros lot à la loterie avant de se faire passer dessus par un train. Ah oui, et un tas de chats qui ont hérité de l’argent de la loterie » (115)

Voilà pour un résumé de l’intrigue !

Et les méthodes d’investigation de « Marvin et ses garçons » (46) sont du même acabit :

« continuer à [se] cogner dans les murs dans l’espoir de finir par tomber sur une porte », résume Hap. (144)

C’est VR, chargée par on ne sait qui d’éliminer Hap et Leonard, mais qui refuse parce qu’elle a le béguin pour Hap (264), qui lui donne finalement toutes les clés (259-274) et l’emmène jusqu’au combat final, épique, des vingt dernières pages, qui donne à VR l’occasion de se venger de ses mentors et par la même occasion à Hap celle de venger Leonard, tiré comme un lapin sur un parking de supermarché (237).

C’est ce qui gêne un peu dans ce livre : l’intrigue est « un paquet de trucs bizarres » (115), clairement destiné à susciter la curiosité du lecteur, même si les différentes pistes partent un peu dans tous les sens, et les différents (et nombreux) personnages ne semblent introduits que pour raconter un pan de l’histoire, qui n’a pas de vie propre. De même, la solution du mystère est apportée sur un plateau, in extremis, au héros et le massacre final lui-même est plus décrit que vécu dans l’action.

Entre-deux…

De fait, « Diable rouge » ressemble plus à un intermède qu’à une nouvelle aventure complète et bien « bouclée » de nos deux héros.

Encore sous le choc de sa première rencontre avec Vanilla Ride (elle a essayé de le tuer dans le tome précédent), Hap est désormais « préoccupé par [sa] moralité et [sa] mortalité » (29), obsédé par « la violence que j’avais infligée ou subie au cours de ma vie » (118). Sa découverte d’un cadavre horriblement mutilé le mettra d’ailleurs en état de choc pendant toute une nuit (125-130).

Mais si au début du livre Hap a des états d’âme et ne va pas fort, à la fin c’est Léonard qui se fait tirer dessus et manque y passer… La nouvelle rencontre, presque incidente, de Hap avec Vanilla Ride, où elle se montre intéressée par lui, lui sauve la vie cette fois, et l’aide à en finir avec son enquête, permettra à Hap de « tourner la page » de l’aventure précédente.

A l’hôpital où Leonard se rétablit presque miraculeusement, les deux compères réaffirment leur amitié indéfectible : « Je t’aime, mon frère » (318).

La force du livre, et sans doute ce qui en fait une série suivie par de nombreux fans, est la description de cette amitié masculine, de ce duo improbable d’enquêteurs à l’humour et au langage très crus.

Merci à Thomas de MyBOOX et aux Editions Denoël de m’avoir initiée !…

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