Thriller : “Level 26” d’Anthony E. Zuiker…

L’expérience multimédia…

Sorti en France en janvier 2010, « Level 26 : Dark Origins » est le premier volume de la trilogie écrite par Anthony E. ZUIKER, le créateur américain de la franchise « Les Experts » :

  • Tome 1 : Dark Origins
  • Tome 2 : Dark Prophecy
  • Tome 3 : Dark Revelations.

A ce titre, la curiosité est grande de découvrir ce thriller, d’autant qu’il est présenté comme une expérience interactive inédite, une production hybride alliant texte, dessins, videos et même une communauté en ligne (forum, blog d’actu…), – les fans du livre étant nommés les « 26ers »…

Le livre commence au moment où dans la salle de crise de la base de Quantico, Tom Riggins, agent spécial de la Division des Affaires spéciales du FBI, 53 ans, briefe un parterre choisi des meilleurs flics de tout le pays, avec pour objectif de recruter l’agent capable d’en finir avec Sqweegel, un « tueur de niveau 26 » (40) qui a déjà fait près de 50 victimes et qui vient d’envoyer à la DAS le film de son dernier exploit.

Malgré la proposition façon blockbuster qui leur est faite  (une nouvelle identité et un bonus de 25 millions de dollars à celui qui capture le monstre) (47),  tous se défilent : « A quoi bon tout l’argent du monde quand on se fait tuer, ou pire ? » (49). Une seule solution reste à Riggins : convaincre Steve Dark de reprendre du service, lui qui deux ans auparavant, à Rome, s’était trouvé face au tueur dans une église et dans la possibilité de le coincer. Par vengeance, le tueur avait ensuite éliminé toute sa famille…

Thriller multimedia…

"Trois, un jour, mentiront..." (Illustration : Marc Ecko)

Il faut 160 pages (soit plus d’un quart du livre et pas grand-chose d’intéressant à se mettre sous la dent) avant que Dark, qui a refait sa vie, accepte enfin la mission. Le temps, peut-être, pour le lecteur de se familiariser/prendre goût à/avec …ce que ZUIKER appelle le « cross platform storytelling » (source : http://creativity-online.com/news/level-26-anthony-zuiker-puts-csi-on-cocaine/138905), autrement dit la narration multimédia, censée propulser le lecteur du livre vers les séquences vidéo délivrées par le site Level26.com en échange de codes placés ici ou là dans le texte.

Véritable « page-turner » avec une multitude de points de vue et des chapitres ultra courts de 3-4 pages seulement, le livre s’orne aussi d’illustrations au crayon et à l’encre très réussies signées du graffeur, game designer et créateur de mode américain Marc ECKO (encore le malheureux n’est-il crédité que du design de la couverture dans l’édition de poche proposée par J’ai lu… Scandale !!!).

Les quelques 20 vidéos (de 5’ en moyenne) proposées pour ce premier tome, avec des codes d’entrée incitatifs du style : « snuff », « comptine », « viol », « incendie », « naissance » sont de longueur inégale. Il s’agit parfois seulement d’animations (un SMS qui s’écrit sur un téléphone portable, censé vous faire hérisser les poils de peur ?), mais parfois aussi de scènes parfaitement filmées et réalisées, avec de vrais acteurs, de vraies « têtes » et une vraie réalisation dignes d’un film de cinéma ou d’une série télé qui a les moyens (regardez par exemple la première vidéo titrée « snuff »).

Au casting :

  • Daniel BURAN (« True Blood », « Hellraiser »…), dans le rôle de Steve Dark
  • Michael IRONSIDE, dans celui de Tom riggins
  • Glenn MORSHOWER en Ministre de la Défense secrètement intéressé au dernier meurtre en date
  • Et la bonne idée du film, le contortionniste Daniel Browning SMITH, dans le rôle de l’insaisissable Sqweeghel.

On regrette seulement le look un peu trop branché du héros Steve Dark avec son catogan et sa mâchoire serrée, qu’on dirait tout droit sorti des « Experts: Miami » (les pires !) ou d’un épisode de Sydney Fox l’Aventurière (pour ceux qui ont osé s’aventurer là-dedans !)… Dommage !

« Read, watch, log in… Be afraid, be very afraid » (Lisez, regardez, connectez-vous… Faites-vous peur, très peur ! »), annonce le trailer video de “Level 26: Dark Origins” :

Reste que, à moins de le lire sur e-book, i-Pad ou i-Phone de manière à rendre la lecture multimédia totalement fluide (il y a des applis pour ça aussi, et ça tombe bien, elles sont en vente sur le site Level26.com !), il faut bien dire que les ponts numériques (ou « cyberbridges ») lancés par ZUIKER entre les mots et le cyberespace sont loin d’être évidents.

Bref, la « digi-novel experience » ou expérience du « digi-roman » – en l’occurrence du « digi-thriller » ! – n’est rien ou pas grand-chose sans l’appli, d’autant que, – jeu de mots inclus -, la partie purement littéraire de l’aventure est très loin, elle aussi, de ressembler à de l’hyper-texte !

Signé Horatio Caine …

Car c’est côté écriture que les choses se gâtent…

Pour mériter son niveau 26, – « soit quatre échelons de plus que le maximum admis dans le reste du monde » (40) -, le Serial Killer est décrit comme « un être dont les capacités pouvaient réellement être considérées comme surhumaines » (41).

Insaisissable,

« Le capturer, c’était comme chercher à saisir un ruban de fumée : un geste trop brusque suffisait à le dissiper pour qu’il se reforme ailleurs » (13),

il est décrit comme tout-puissant, ici et là en même temps, capable de se brancher à n’importe quel moment sur les caméras de surveillance de la ville (180), la cellule de crise de la DAS à Quantico (très vraisemblable !) et même le Air Force 2 du Ministre de la Défense américain (n’importe quoi !) (396)…

Si, de manière peu originale, une comptine serait la clé de cette nouvelle série de crimes (228), le tueur en série, lui, est aux antipodes de tout ce qu’on croit savoir de la psychologie des Serial Killers et n’a notamment aucun modus operandi particulier :

« C’est un psychopathe qui a abattu, violé, mutilé, empoisonné, brûlé, étranglé et torturé jusqu’à cinquante personne dans au moins six pays sur une période de vingt ans » (36)

Les forces de l’ordre – et la fameuse « Unité noire » du département de la Défense, prête à dégainer « Seringues. Couteaux. Baignoires d’acide. Et éponges. Des tonnes d’éponges » (127) pour « débarrasser le pays de ce qui lui cause des migraines (…) à tout moment (…), pour n’importe quel motif, si c’est dans l’intérêt national » (68), sont d’ailleurs décrites de manière tout aussi caricaturale…

Ni vraisemblance, ni psychologie des personnages, on reste en surface, à la surface d’un écran de télé !

Et cette surenchère de clichés à la « Miami », voyante et tapageuse, ne s’arrête pas là… Pour expliquer que le tueur ne laisse aucune trace ADN derrière lui, ZUIKER lui a inventé un costume, « une sorte de préservatif corporel qui le recouvre entièrement » (41) et dans lequel il se glisse en s’enduisant de matière grasse (4 plaques et demi de beurre, pour être précis ! (28)), après s’être entièrement rasé… Une combinaison de latex blanche à 3 fermetures éclair, comme un vulgaire accessoire de sex shop !

Après l’équarissage en bonne et due forme (et à la hache, façon BD ou film d’horreur) de Sqweeghel, le héros Dark lui arrache son masque pour découvrir que le visage du tueur est en fait « tout à  fait…ordinaire » (402). Un peu comme ce livre qui se termine sur un superbe cliffhanger, pour nous donner envie de lire la suite :

« Dark pensait que le niveau 26 n’était plus qu’un mauvais souvenir. Il s’était trompé » (441)

Euh, non merci !

Il semblerait donc qu’écrire un thriller soit différent et peut-être plus difficile qu’écrire le scénar ou les dialogues d’une série tv.

A noter : le personnage du SK Sqeegel fait un cross-over du livre à la télévision dans l’épisode 11×4 de CSI/Les Experts : Las Vegas « Je suis personne ». Cette fois-ci, le costume de latex du tueur est noir…

En Savoir plus :

3 Commentaires dans “Thriller : “Level 26” d’Anthony E. Zuiker…

    • admin dit:

      Contente de pouvoir échanger avec toi autour de ce livre, Isa ! Pour moi, j’ai trouvé le roman vraiment “faiblard”, mais les quelques vidéos visionnées de grande qualité. L’idéal doit vraiment être de le lire sur I-Phone ou I-Pad, sans rupture de support et comme une expérience globale…

    • admin dit:

      Contente de pouvoir échanger avec toi autour de ce livre, Isa ! Pour moi, j’ai trouvé le roman vraiment “faiblard”, mais les quelques vidéos visionnées de grande qualité. L’idéal doit vraiment être de le lire sur I-Phone ou I-Pad, sans rupture de support et comme une expérience globale… Mais bon, je n’ai ni l’un ni l’autre !!! 🙂

Laisser un commentaire