Un Cabinet de curiosités au coeur de Paris…

Retour sur l’expo “Cibles” au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris…

…ou quand une expo temporaire vous fait découvrir un adorable musée parisien, où vous n’auriez jamais eu l’idée d’aller !

Retour sur l’exposition « Cibles » organisée du 21/12/2012 au 31/03/2013 au Musée de la Chasse et de la Nature à Paris, dans le cadre du festival « Croatie la voici » (la Croatie entre dans l’Union Européenne en juillet 2013).

La cible : du folklore à l’art moderne…

Portrait des juges Bestelmeyer,Staedtler,Bechmann, 1860 Schwabach ©D.R.

Accueillis par les photos grandeur nature de Philippe PERRIN, qui vise, tire, mais aussi, visiblement, essuie les balles (« Kill me », 2006), on entre dans le cœur de l’expo temporaire du Musée, avec un accrochage de cibles anciennes (pour la plupart du 19ème siècle) provenant de sociétés de tir et de musées croates et illustrant cette tradition germanique des cibles peintes. Il ne s’agit pas des cibles à cercles concentriques qu’on connait aujourd’hui (nées du perfectionnement des armes), mais de supports peints comme de véritables œuvres d’art et présentant scènes mythologiques, portraits, armoiries, paysages ou animaux… Lors des concours organisés entre chasseurs membres de clubs de tir d’Europe centrale, ces cibles étaient à la fois les supports de la compétition et les trophées honorifiques offerts aux vainqueurs, comme en témoignent les impacts toujours visibles sur les oeuvres.

« La pratique consistant à ritualiser la destruction d’une œuvre d’art n’est pas nouvelle. Cette forme sublime d’offrande aux dieux trouve une expression profane et bourgeoise dans la pratique du tir sur cibles. […] Curieusement l’image vouée à la mutilation est rarement repoussante. On ne tire pas sur la mort ou sur le diable, mais bien sur ce que l’on désire. En effet, il s’agit moins d’éliminer que de saisir, d’anéantir que de posséder. […] », explique le premier carton, disposé à l’entrée de l’exposition.

Cible d'honneur de Carl Casternauer, 1672

Sur le mur d’en face, comme positionnées pour un duel, des œuvres d’art moderne et contemporain, comme la « cible noire » (carrée !) de Nicolas Chardon (2005), la litho « Target » (for Merce Cunningham and Dance Company Posters) de Jasper Johns (1968) ou plus loin, la photo « Careless » de l’iranienne Shirin Neshat (1997) nous donnent des indices sur le vrai sujet de l’exposition…

L’œuvre conçue pour être détruite – ces cibles peintes anciennes (ou commandées à de jeunes artistes en vue de l’exposition), mais aussi toutes les expériences de plasticiens tels que Nikki de Saint-Phalle qui « peint à la carabine » et dont on verra plus loin le tableau « Portrait of my Lover » (1960) – sont un prétexte à une réflexion sur l’art. Le parallèle est fait entre la chasse, qui est l’art de capturer le vivant, et la création artistique, entre la cible et l’œil humain.

Shirin Neshat, Careless, 1997. Série Women of Allah. Col. part. Courtesy Galerie Jérôme de Noirmont

Et j’y ai trouvé un écho intéressant (et inattendu !) à ce cours de cinéma de Frédéric BAS sur la Figure du Serial Killer suivi le 16/12/2011 au Forum des Images , dans laquelle le critique voit une réflexion sur le cinéma, – le meurtrier se confondant avec le cinéaste, l’artiste (qui est le « voyeur »), mais aussi avec le spectateur ou le cinéphile qui crée l’œuvre par son regard…

Chasse, Nature et… Curiosités

L’exposition se poursuit dans les salles 17ème siècle de l’Hôtel de Guénégaud, où les œuvres contemporaines présentées dans le cadre de l’exposition trouvent leur place (plus ou moins bien) au milieu des collections permanentes du musée.

Au détour de la « salle des sangliers », la « salle des chiens », la salle d’armes ou la salle des trophées, entre vitrines, pièces de mobilier et superbes animaux sauvages empaillés, on peut admirer par exemple le « Saint Sébastien » de Pierre et Gilles (1987) – beaucoup moins grand que je ne pensais -, l’impressionnant homme bleu criblé de balles – grandeur nature, lui ! – de la sculptrice croate Marija Ujević Galetović (« Target », 1979), idéalement placé devant une tapisserie ancienne ou encore la cible commandée au peintre croate Aleksandar Bezinović (2012) dont le cœur est un organe.

Aperçu par une fenêtre, le carré de jardin à la française est à l’heure des premières jacinthes…

L’escalier d’honneur de l’hôtel particulier construit par François Mansart, quant à lui, a été entièrement revisité par le hollandais Arno KRAMER qui y proposait une délicieuse installation « Echappée(s) » de papiers peints ornés de troncs d’arbres monumentaux dessinés à la mine de plomb et d’aquarelles discrètes (lièvres, biches et autres animaux de la forêt), comme le fantôme des créatures vivantes qu’un bruit a fait fuir et qui sont quelque part, cachées… Décorée de chandeliers électriques et d’un majestueux bronze de cerf couché, la pièce ressemblait à un décor de film de Cocteau. Le clou, pour moi, de cette visite !

Parquets, boiseries, lourds rideaux laissant à peine entrer la lumière (d’où la piètre qualité de mes photos !), tapisseries et tableaux de genre, la visite du Musée de la Chasse et de la Nature se visite sur la pointe des pieds, entre voyage dans le temps et cabinet de curiosités. J’ai même sursauté en découvrant un renard lové dans un joli fauteuil Louis XVI couvert de tapisserie !

Bravo à Willy et à Thomas Hervé de m’avoir signalé à temps (via Télématin !), cette intéressante expo, qui m’a permis de découvrir ce charmant Musée de la Chasse et de la Nature, que je vous conseille vraiment de visiter !

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