Visite : le Jardin des Poisons (Alnwick Gardens, Northumberland, U.K.)

alnwick gardens

“These Plants can Kill”

Dernier article de la ronde de printemps 2014 des « Blogueuses » ! Après le mini jardin d’aromatiques d’Homeos, je vous emmène aujourd’hui visiter un jardin de plus de 50 hectares : le jardin d’Alnwick Castle dans le Northumberland anglais, et plus particulièrement son très original « Jardin des Poisons » (Poison Garden), où les plantes les plus toxiques sont cultivées, voire même maintenues en cages, et des visites sous étroite surveillance organisées pour dévoiler par le menu leur nature mortifère et leur manière particulière de tuer…

A mi-chemin entre Versailles et… Disneyland® !, Alnwick Gardens est un jardin tantôt classique, tantôt contemporain, devenu en dix ans le troisième jardin le plus visité d’Angleterre. Situé dans la région économiquement sinistrée du Northumberland, au nord-est de l’Angleterre, il a été créé de toutes pièces, sur une parcelle abandonnée du domaine du Château d’Alnwick, décor, – pour ceux qui l’auront reconnu -, de « l’École des Sorciers » de Harry Potter, autrement dit « Poudlard » !

Un projet fou sur les terres de Poudlard…

 

L’histoire commence de manière aussi peu vraisemblable que nombre de nos séries télé, lorsque Ralph Percy, époux de Jane qui s’occupe de leurs 4 enfants, devient du jour au lendemain le 12ème Duc de Northumberland, suite au décès de son frère en 1995, et hérite – au-delà du titre – du Château, des terres et d’une belle fortune.

Alnwick Castle, Northumberland – Photo ©VisitBritain

Les jardins d’Alnwick avaient déjà connu leur heure de gloire, dessinés en 1750 par Lancelot ‘Capability’ Brown (équivalent pour les jardins anglais d’un André Le Nôtre pour le jardin dit « à la française »). Jardin raffiné à l’anglaise, donc, à l’époque du 1er duc, puis jardin colonial (à l’époque du 3ème), d’inspiration italienne sous le 4ème, et enfin jardin de guerre destiné à la production vivrière pendant la 2nde Guerre mondiale avant d’être abandonné et fermé en 1950, le jardin d’Alnwick vivrait actuellement sa septième réincarnation…

Désormais installée au château, la Duchesse de Northumberland décide de leur redonner vie, non sous leur forme XVIIIème, mais sous celle d’un jardin contemporain, dont elle confie les plans et la réalisation aux paysagistes belges Jacques et Peter Wirtz, auteurs notamment du jardin du Carrousel aux Tuileries et des Jardins de l’Elysée à Paris.

Conçu en plusieurs phases à partir de 2001 et toujours inachevé quelques 10 ans et 50 millions d’euros d’investissements plus tard, l’ambitieux projet se visite aujourd’hui autour des éléments suivants :

  • La Grande Cascade (The Grand Cascade) et son impressionnant jeu de jets d’eau
  • Le jardin d’ornement (The Ornamental Garden) avec ses carrés sages et ses treillis de grimpantes. La plus grande collection de plantes d’Europe en Angleterre
  • La roseraie (The Rose Garden) : plus de 3000 roses créées par David Austin
  • The TreeHouse (ouvert en 2004) : une énorme cabane dans les arbres qui abrite le restaurant du parc
  • Le jardin du Serpent (The Serpent Garden), orné de sculptures aquatiques conçues par William Pye
  • Le Labyrinthe de bambous (The Bamboo Labyrinth)
  • Et notre fameux Jardin des Poisons (The Poison Garden), ouvert en 2005.

Un pavillon de verre et un bâtiment d’accueil pour les visiteurs signés Sir Michael Hopkins et Buro Happold ont également ouvert en mai 2006 pour accueillir mariages, conférences et ateliers pédagogiques.

En effet, le projet de Jane Percy, Duchesse de Northumberland, n’a jamais été, comme elle le dit elle-même, de créer un jardin d’exception réservé à une élite, mais de l’ouvrir au contraire au plus large public, et notamment aux familles et à la communauté locale. Ici, les enfants sont invités à marcher sur les pelouses, jouer dans les fontaines et cueillir les framboises pour les manger. Il est même conseillé d’apporter des vêtements de rechange pour les petits !

Devenu une destination touristique de tout premier plan en Angleterre avec 625.000 visites en 2008 (1), le nouveau jardin d’Alnwick Castle a contribué à redynamiser l’économie locale, par la création de nombreux emplois directs (de 300 à 600 environ, à terme) et indirects (création de Bed & Breakfasts, etc…)

Le Parc est aussi remarquablement impliqué auprès des scolaires, familles défavorisées, personnes âgées ou handicapées physiques ou mentales à travers des ateliers jardinage et « garden therapy », bricolage, alimentation ou cuisine du jardin (dont un partenariat conclu en 2002 avec Jamie Oliver’s Ministry of Food).

Grilles d’entrée du Jardin des Poisons d’Alnwick Garden – Photo ©Steve Fareham

 

Le Jardin des Poisons (The Poison Garden)…

Le cours de botanique à Poudlard : Ron et la mandragore – Photo ©Warner Bros

C’est avec l’inauguration du Jardin des Poisons en février 2005 que j’ai entendu parler pour la première fois de Alnwick Gardens.

Un jardin fascinant et original, inspiré de celui des Médicis à Padoue et que Jane Percy n’a pas voulu jardin d’apothicaire avec des plantes qui soignent, mais jardin de poisons, avec des plantes qui tuent !

D’impressionnantes grilles noires ouvragées, ornées de têtes de mort et du message « These plants can kill », en protègent l’entrée. Et la visite ne se fait que sous forme de courtes visites guidées (15 mn environ) assurées par des guides formés qui savent agrémenter leurs propos de descriptions et d’exemples pittoresques avec un message anti-drogue à peine voilé, contrepartie de l’autorisation de cultiver accordée par le Ministère de l’Intérieur britannique. Pour marquer les esprits, les spécimens les plus dangereux sont d’ailleurs enfermés dans des cages ! A l’issue de la visite, un petit guide des plantes toxiques, de leurs utilisations et de leurs abus est remis à chaque participant.

“Storytelling is the key”, explique la Duchesse.” If you tell a child about how a plant cures this and that, they switch off quite easily. But if you tell them a gruesome story of death, they’re fascinated.” / “Raconter une histoire, c’est le secret ! Enumérez à un enfant les maladies soignées par telle ou telle plante et il décroche. Mais si vous lui racontez une histoire macabre, vous aurez toute son attention », [Cité dans le mag. The Lady, ‘I’d know how to kill anyone with plants’, article de Fiona Hicks du 16/08/2013]

Parmi la collection de 100 plantes narcotiques ou toxiques présentées, on trouve :

Plants de Cannabis en cage. Notez l’humour : “Keep off the grass !”/”Eloignez-vous de l’herbe !” – Photo ©Cross Duck/FlickR

  • Quelques plantes familières de nos jardins, telles que : les  digitales (foxglove), euphorbes (euphorbia), roses de Noël (Christmas rose) ou encore le cytise (laburnum), un arbrisseau aussi esthétique que très toxique
  • Mais aussi la jusquiame (henbane), la belladone (deadly nightshade), les aconits (monkshood), la ciguë (hemlock), la berce du Caucase (giant hogweed) ou la strychnos nux-vomica à l’origine de la strychnine
  • Et au rayon des drogues et plantes hallucinogènes : la mandragore (Mandrake) chère à J. K. Rowling, l’erythroxylum coca à l’origine de la cocaine, le khat, le pavot et le cannabis, sans oublier les champignons « magiques ».

Critiquée pour son projet par la Commission des Monuments historiques, par le Parlement pour son budget pharaonique et par la presse pour ses penchants populistes, la Duchesse de Northumberland ne désarme pas et a encore dans sa manche quelques idées d’animations hautement scandaleuses, comme un défilé de maillots de bain dans la grande cascade.

Ah, les Anglais… Quels excentriques ! Sacré personnage, la duchesse !

(1) Chiffres du New-York Times du 17/07/2008.

Illustration MyBlackMinidress.com

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11 Commentaires dans “Visite : le Jardin des Poisons (Alnwick Gardens, Northumberland, U.K.)

  1. Béné dit:

    Si c’est très excentrique c’est aussi assez extraordinaire comme “jardin” ! Cette Duchesse devrait se méfier d’héritiers trop pressés de toucher le pactole sinon il faudra bientôt faire appel à Sherlock pour résoudre un crime !
    Ton article, comme toujours, nous fait voyager et découvrir des choses inédites, j’adore !

    • admin dit:

      Merci Béné ! En plus, elle a 4 héritiers !!! Quand j’avais entendu parler de ce jardin des poisons à son ouverture, je l’avais immédiatement mis dans un coin de ma tête et je suis contente d’avoir saisi l’occasion de notre ronde de printemps pour fouiller un peu le sujet. J’ai moi aussi appris plein de choses…

    • admin dit:

      Merci, c’est gentil ! Dommage que la destination soit un peu excentrée ! En fait, je pense qu’il faut l’ajouter plutôt sur un circuit écossais, car c’est très proche de la frontière avec l’Ecosse… Merci d’avoir commenté et à bientôt !

  2. Apodioxe dit:

    Je ne connaissais pas mais j’aimerais vraiment visiter ce jardin, je crois que j’irais manger dans la cabane perchée et sans doute me perdre dans le labyrinthe de bambou 😀 Ce doit être magnifique tout de même, les roses, les cascades, ça doit être sympa en balade lorsqu’il fait beau. Bon, le lien avec Harry Potter, je ne m’en serais jamais rendu compte vu que je n’ai suivi aucun film ni livre… Par contre, les plantes toxiques, ça m’intéresse pas mal, juste pour voir ! 🙂 Merci pour cette riche et jolie découverte Anne !

    • admin dit:

      J’étais sûre ! Le mieux, c’est que je n’ai découvert le lien avec Harry Potter qu’en commençant à chercher des infos sur le Jardin des Poisons ! Ils organisent des cours de quidditch au Château, tu sais !

  3. Odreylilith dit:

    Ha je dois encore avoir une âme d’enfant car moi aussi je suis tout ouïe dès qu’on me parle trucs macabres !
    Incroyable cet endroit, j’adorerais visiter ces jardins ! Y a de quoi se faire une petite salade sympa ! 😉
    Il n’y a bien que l’excentricité anglaise pour pondre des idées aussi originales.
    Merci pour la découverte ! Bisous

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