Brigade criminelle : Immersion au Cœur du 36, quai des Orfèvres…

Brigade criminelle de Titwane et Pellicer

Même s’il est arrivé trop tard pour le Centenaire de la Brigade criminelle célébré en 2012, le livre Brigade criminelle : Immersion au Cœur du 36, quai des Orfèvres de TITWANE et PELLICER, sorti en 2015, n’arrive pas trop tard pour nous faire visiter – une dernière fois ? -, l’une des plus célèbres adresses parisiennes avant son prochain déménagement dans le 17ème arrondissement.

Mais comment désigner ce volume, qui n’est ni BD ni récit ?

Beaucoup de texte, écrit petit avec une police manuscrite et sur deux colonnes et autant d’illustrations à l’aquarelle et à l’encre de Chine dans un livre épais qui dégage une forte odeur d’encre… Une expérience addictive ! Il s’agit en quelque sorte du carnet de voyage d’une immersion de 4 mois au sein de la célèbre DRPJ.

Un regard extérieur presque novice sur le travail de flics de légende – en 2011, les auteurs avaient déjà « commis » un volume consacré à la Brigade de répression du banditisme (1) – , je ne pouvais qu’être intéressée !

La Brigade criminelle du 36 : tout ce qu’on apprend au cours de d’une immersion…

  • Le jargon du « 36 » :

Ça commence par le jargon policier propre aux locataires du 36, du « faux rythme » (9, 15), quand rien ne se passe et qu’on tourne en rond, au « Service Après-Vente » – les assises, auxquelles le procédurier et parfois les enquêteurs sont amenés à participer (28, 133-134) -, en passant par la « première dérouille » (32, 100), les « constates » (78) et autres perquizes (64, 82) :

« Les « constates », c’est tout ce que tu peux voir lorsque tu poses ton regard. La perquisition, tu déplaces les choses… » (82)

Du « séchoir » sous les toits, dans lequel sont entreposés les vêtements des victimes (38) au « Mc Do », le garage de la préfecture de police situé Bd McDonald, on monte et on redescend avec les auteurs les 384 marches du 36 quai des Orfèvres, dans l’espoir de « sortir une affaire », de l’élucider. (82)

On apprend aussi le surnom de quelques entités avec lesquelles la DRPJ collabore au quotidien : un commissariat local ou « Ciat » (37), l’identité judiciaire « IJ » (67), le service municipal action salubrité hygiène ou « Smash » (89) – autrement dit : les nettoyeurs de scène de crime, le labo de police scientifique ou « LPS » (96), sans oublier la section anti-terroriste – la « SAT » ou « la terro », une entité à part entière de la  brigade, dans laquelle les deux auteurs passeront quelques jours. (144)

  • L’organisation d’un groupe d’enquête à la Brigade criminelle :

On découvre aussi la hiérarchie de la Brigade criminelle et de chacun des 9 groupes de droit commun qui la composent :

Organisation des 9 groupes de la Brigade criminelle de Paris

La Brigade criminelle du 36 : déroulement d’une enquête…

Essentiellement on apprend beaucoup sur les critères de saisine de la Brigade criminelle (9, 100), l’organisation et le rôle de chacun dans chaque « groupe » d’enquête (dont le procédurier, 21-29), la hiérarchie, la procédure, les méthodes d’enquête (41, 168) et d’interrogatoire (126-130), grâce aux retranscriptions fidèles données par PELLICER, aux gros plans des visages soucieux et concentrés dessinés par TITWANE.

Ce qui est le plus marquant dans les observations rapportées par les deux auteurs, c’est la méthode qui préside à tout le travail d’enquête de la Brigade criminelle :

« Toujours […] la même méthodologie : rédaction des constatations, gestion des scellés, audition des primo-intervenants et des proches de la victime, voisinage, collage, recherche de vidéosurveillances à proximité de la scène de crime… » (168)

Et un procédurier confirme :

« La moindre faille dans la procédure et c’est la boucherie aux assises ». (29)

Faites avec l’aide des techniciens de l’Identité Judiciaire (109), mais hors présence d’un médecin légiste à Paris (74), toutes les constatations sur le corps sont figées « par un coup de flash de la photographe de l’IJ » (75) : on « fixe le corps » (106).

Elles peuvent ainsi durer 4 h avant que les pompes funèbres ne soient appelées (78) et le corps emmené à la morgue en vue de l’autopsie. Sur une scène de crime complexe, plus de 150 écouvillons peuvent être réalisés (79), dont il faudra ensuite prioriser l’analyse, puisque chacune ne coûte pas moins de 120€ ! (79)

Brigade criminelle du 36 : des policiers soucieux et concentrés

Brigade criminelle, Immersion au Cœur du 36, Quai des Orfèvres : flics soucieux et concentrés… (p.173)

Puis on va chez la victime, prévenir la famille et perquisitionner (111) « en présence constante et effective de 2 témoins » (84). L’enquête de voisinage permet souvent d’établir la chronologie des faits. Ainsi dans l’enquête sur le peintre sans visage – un peintre de Montmartre salement défiguré par ses agresseurs – on peut établir que le malheureux a été torturé pendant 2h avant de mourir. (84)

On vérifie aussi les antécédents en interrogeant « le Stic : Système de traitement des infractions constatées (désormais rebaptisé TAJ : traitement d’antécédents judiciaires) ». (111)

Pour la Brigade criminelle, c’est une véritable course contre la montre pour coincer un suspect, dans les limites horaires fixées pour les perquisitions et celles de la garde à vue. (112)

Brigade criminelle : le célèbre escalier du 36

L’escalier du 36, quai des Orfèvres : « 105 marches depuis l’entrée sur cour et jusqu’à l’accueil au 3ème, 131 jusqu’au 4ème, 148 pour le dernier niveau sous les toits, l’étage des procéduriers ! » (16)

Quand une perquisition finit à 1h42 du mat’, comme dans l’affaire du meurtre au Père-Lachaise (118), il faut encore retourner à la Crim’ mettre le suspect en garde à vue, répertorier l’ensemble des scellés, décider « ceux qui devront être traités en urgence, dans le temps des 48 heures de la garde à vue » (119), rédiger les actes et préparer le canevas de la première audition prévue à 6h00 du mat’ : nuit blanche ! (119)

Grâce aux retranscriptions complètes d’auditions (merci, Raynal PELLICER !), on pénètre aussi la technique d’interrogatoire de la Brigade criminelle – et ce n’est pas le moins intéressant !

Les auditions sont filmées et le suspect alternativement interrogé et remis en cellule (pour lui donner le temps de réfléchir ?). Identité, emploi du temps, on écoute « sa version avant de le confronter aux éléments ». (121) Puis les flics avancent leurs arguments (120-130), se relaient pour confronter le suspect à ses mensonges, souligner les contradictions et les incohérences dans ses déclarations. Au bout de 48h, les suspects « seront présentés devant le juge d’instruction  qui devrait notifier leur mise en examen pour homicide ». (202)

Comme un chef de groupe de la Brigade criminelle l’explique, certaines affaires se jouent « à l’estomac », « uniquement sur les auditions. A l’ancienne. » (186)

Brigade criminelle de Paris : le 5ème et dernier étage du 36

Le 5ème et dernier étage mansardé du 36, Quai des Orfèvres… (p.34)

L’affaire du peintre sans visage est l’occasion de nous exposer « Le dilemme du prisonnier » (186), un vieux truc qui consiste à séparer deux complices et à tenter de les monter l’un contre l’autre : « S’ils avouent, ils prennent 20 ans de prison. Si aucun des deux ne parle, ils s’en sortent, l’un étant l’alibi de l’autre ! Si un des deux suspects parle et dénonce son complice, alors il verra sa peine diminuée à 10 ans, mais l’autre prendra perpétuité. […] Le postulat de base, c’est que les gens ne se font pas confiance. Chacun veut sauver sa peau… » (189)

Les gardes à vue sont « l’acmé de chaque enquête criminelle. » (Prologue, 7)

« Alors, il y vient ? – Non. » (126)

Car bien sûr, rien ne se passe comme à la télé !

6 ou 7 affaires en tout en 4 mois d’immersion à la Brigade criminelle, dont aucune ne « sort » vraiment, plus un passage éclair à la Section Anti-terroriste, essentiellement occupée à tracer les allers et venues des jeunes partis faire le djihad (143-157) …

Les deux auteurs ne verront leur première scène de crime qu’au bout d’un long, très long mois d’immersion (60). Imaginez un épisode des Experts sans crime, où les flics passeraient tout leur temps en paperasse en retard !

Déjà rencontré pour l’opus précédent, le commandant Lemoine compare son expérience à la BRB (Brigade de Répression du Banditisme) et à la Brigade criminelle :

« Ici à la Crim, chaque affaire est un drame. […] A la BRB (Brigade de Répression du Banditisme), tu as eu affaire à des voleurs de pommes. Mais ici, chaque histoire est un drame, ici tu vas croiser le mal ». (93)

Et un peu plus loin :

« Une scène de crime, ça assoit. On ne vit pas avec, mais on n’oublie jamais » (93)

Se plonger dans Brigade criminelle, Immersion au cœur du 36, Quai des Orfèvres est une expérience inédite et très satisfaisante, qui complète et donne encore plus de poids à des films comme Quai des Orfèvres de H.G. CLOUZOT ou l’Affaire SK1 de Frédéric TELLIER.

Un document dense et passionnant !

Brigade criminelle de Paris : la cour intérieure

Brigade criminelle : la cour intérieure du 36, Quai des Orfèvres… (p.50-51)

(1)  Enquêtes générales. Immersion au cœur de la Brigade de répression du banditisme de Raynal PELLICER et TITWANE, éd. de La Martinière, 2011

 

En Savoir plus :

Challenge polars et thrillers chez SharonCet article participe au challenge polars et thrillers chez Sharon

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