« Law & Order, la Justice en prime time » de Barbara VILLEZ…

Law & Order la Justice en prime-time

Petite leçon de droit américain…

Décryptage de la forme et du générique de la série, des subtilités de la « common law » américaine mises en scène dans les épisodes, des débats moraux de haut niveau proposés à la réflexion du public et qui ont su rendre fiers les New-Yorkais et marquer l’histoire de la télévision, dans « Law & Order, la Justice en prime time », la spécialiste des séries judiciaires américaines Barbara VILLEZ donne toutes les clés du succès de la plus longue série télé judiciaire à ce jour…

La collection la Série des Séries chez PUF met à contribution des spécialistes des sciences humaines et sociales pour des lectures à thème ultra pointues de nos séries télé préférées.

Déjà chroniqué sur LeMag.sktv.fr, l’excellent « Les Experts : la Police des Morts » de Gérard WAJCMAN appliquait la psychanalyse à la célèbre série « Les Experts / CSI » créée par Anthony ZUIKER.

Dans « Law & Order, la Justice en prime time », sorti en janvier 2014, c’est Barbara VILLEZ, dont nous avions déjà lu « Séries Américaines Visions de la Justice » qui va user de pédagogie pour nous enseigner, à travers les nombreux exemples tirés des quelques 20 saisons de la série créée par Dick WOLF en 1990, les différences fondamentales entre l’exercice de la justice pénale aux Etats-Unis et dans notre pays.

« New-York, police judiciaire », objet singulier, série culte…

Au départ de « Law & Order » (titre français : « New-York, police judiciaire »), il y a la situation particulière du New-York des années 80-90, avec un taux de criminalité et d’insécurité très élevé et la politique de « tolérance « zéro » appliquée de 1994 à 2001 par son maire, l’ex-procureur fédéral Rudolph GIULIANI, et du côté du producteur Dick WOLF, un parti pris de sérieux et d’originalité, tranchant sur le genre de séries (comédies et sitcoms) qui se vendait le mieux à la télévision à cette période.

« L’intention de Dick Wolf était de dépeindre la ville de New York meurtrie par cette criminalité corrosive et de montrer la difficulté pour la police de la combattre en raison des pesanteurs du système » (17)

Trouvant ses histoires dans les gros titres des journaux ou des cas étudiés à la faculté de droit, la série emploie des scénaristes dont la moitié a une formation juridique. En effet :

« Se démarquant des séries « policières », L&O ne se focalise pas sur l’acte commis, ni ne se limite au travail de la police pour appréhender le malfaiteur. Au contraire, elle repousse les limites de la série policière classique en suivant l’affaire jusqu’à son dénouement judiciaire et ainsi redéfinit, voire défie, les conventions du genre » (3)

Le récit se trouve ainsi coupé en deux (25), avec d’un côté, le travail de « la police, qui enquête sur les crimes », de l’autre, celui du « procureur, qui poursuit les criminels ». (55)

« A la différence des précédentes séries, L&O met les policiers et les procureurs au cœur du récit en suivant une affaire judiciaire dans sa totalité, de l’enquête jusqu’au verdict, en fournissant ainsi une vision complète du système en 45 minutes. » (13)

Le récit est fermé (75), les « back stories » des personnages quasi inexistantes (18), comme les scènes de transition, remplacées par des « cartons titres » (18), de manière à laisser le plus de temps possible à la « confrontation des points de vue », base de la procédure accusatoire américaine (103) et aux revirements de situation qui font que « le principal suspect peut ne pas être celui que l’on verra finalement au tribunal” (25) :

« La fin du 3ème acte (à la moitié de la 2nde partie de l’épisode) constitue le moment où une information inattendue change la donne, où une preuve initialement écartée est finalement admise, où une stratégie de la défense pose un défi juridique en apparence insurmontable. Les procureurs doivent réagir immédiatement en requalifiant les faits, en réorientant les poursuites, en accusant un autre suspect, et, dans ce cas, en négociant avec lui ou non (c’est-à-dire en proposant un « plaider coupable » dont la version américaine diffère perceptiblement de celle introduit en France en 2004) ». (25-26)

Enfin, la série adopte « Un style quasi documentaire inhabituel pour une fiction » (20), avec plans larges et caméra à l’épaule (18), et un casting qui, « pendant les premières années au moins », fait profil bas (18), avec beaucoup d’acteurs provenant du théâtre new-yorkais (80), ce qui n’empêche pas d’y retrouver par exemple « des acteurs de cinéma en début de carrière » ou « des visages célèbres d’autres séries », ainsi que « de vrais avocats de New-York », des écrivains et même, dans leur propre rôle,  les maires Rudolph GIULIANI et Michael BLOOMBERG… (4-5) Dick WOLF aurait d’ailleurs dit que « si un acteur n’a jamais été vu dans L&O, c’est qu’il venait de débarquer dans la ville ou qu’il était mauvais » ! (81)

Le but de Dick WOLF, rapporte Barbara VILLEZ, était « de dépasser le simple divertissement et de faire passer un message et susciter une réflexion à travers un divertissement. » (19)

En proposant un « contenu juridique complexe » (20), « des récits sensibles et difficiles » (161), Dick WOLF voulait « faire entrer le public dans le débat » (135) :

« L’atout principal de L&O lui permettant d’accrocher un public énorme est la qualité de ses récits qui présentent des questions juridiques capables de traverser les époques et les frontières » (51)

Pariant sur « l’intelligence et la compétence du téléspectateur » (173), la série constitue ainsi, selon l’auteur, « une véritable introduction au droit, prouvant qu’on peut apprendre tout en se divertissant. » (172)

« La partie procédurale de chaque épisode met en scène une vraie question juridique obligeant les téléspectateurs à prendre conscience du fait que le droit, loin d’être cette science exacte que l’on s’imagine s’appliquer automatiquement, peut faire l’objet de multiples interprétations ». (3)

Plus précisément, il s’agit d’une introduction au droit américain et aux principes de la  « common law », que B. VILLEZ décrit ainsi à la fin du livre :

« Les lois sont rédigées en fonction des besoins d’un moment, et la série nous rappelle précisément qu’aucune législation ne peut tout prévoir. C’est pourquoi les juges jouent un rôle si important en signalant une ambiguïté, en comblant un trou ou en constatant qu’une disposition est tombée en désuétude. Le rôle des avocats dans ces cas est de convaincre un juge de la nécessité de revoir les lois ou de les interpréter d’une manière créatrice. La série montre que le droit n’est pas une science technique, exacte et froide, mais que son application est tributaire d’un raisonnement et d’une imagination, certes encadrés, qui lui confèrent sa dynamique » (169-170)

Et c’est ce qui, selon elle, en a fait une série culte :

« La place de la série dans la culture populaire ainsi que son importance dans l’histoire télévisuelle aux Etats-Unis et dans le monde ancrent son influence. Sa forme et son traitement du droit, de la justice et de l‘éthique professionnelle expliquent l’impact de L&O sur un public qui a appris, en partie grâce à elle, à lire les séries judiciaires qui suivront.  Elle est de loin l’une des cinq séries judiciaires les plus importantes de ces soixante dernières années » (8)

Law & Order : Le Saviez-Vous ?

Le point de vue de Barbara VILLEZ est ici strictement le même que dans « Séries Américaines Visions de la Justice » (2005), celui de la pédagogue qui reconnaît dans les séries télé judiciaires un support idéal pour l’éducation du citoyen et la démocratie, mais le livre apporte aussi beaucoup de précisions intéressantes sur la conception de la série, les conditions de tournage et l’attachement des New-Yorkais à cette quasi institution dont ils reconnaissaient les décors, les affaires parfois, ou encore assistaient par hasard aux tournages (93-94).

Neuf ans après ses débuts sur NBC, L&O devient une franchise de marque et multiplie les  spin-offs :

  • (1999-…) : Law & Order, Special Victims Unit (SVU) = titre français : « New-York, Unité spéciale » (33)
  • (2001-2012) : Law & Order, Criminal intent = « NY, section criminelle » (34)
  • (2002-2004) : Law & Order, Crime & Punishment (33-35)
  • (2005-2006) : Law & Order, Trial by Jury = “New York, cour de justice”
  • (2010-2011) : Law & Order, Los Angeles (LOLA) = “Los Angeles, police judiciaire” (44)

Et les versions « locales » grâce à la vente de formats :

  • (2007–2008) : l’adaptation française « Paris, enquêtes criminelles » (46)
  • (2007–2008) : une adaptation russe “Law & Order: Division of Field Investigation”
  • (2007–2009) : une autre adaptation russe « Law & Order: Criminal Mind »
  • (2009–…) l’adaptation anglaise « Law & Order, UK » = « Londres, police judiciaire » (47-50).

On apprend aussi que

  • Sur 20 ans, L&O compte un total de 456 épisodes, vendus dans 220 territoires, y compris le Vatican ( !), et traduits dans une centaine de langues. (44-45)
  • La marque L&O représente environ 800 épisodes, « ce qui fait qu’à toute heure, quelque part dans le monde, un épisode de l’univers L&O est probablement visible sur une chaîne locale » (45)
  • « En tout, il y a eu 28 personnages principaux » (74-75), dont le médecin légiste Elizabeth Rodgers (Leslie Hendrix) et les 2 psychologues : le Dr Emil Skoda (J.K. Simmons) et le Dr Elisabeth Olivet (Carolyn McCormick) (78). En comptant les juges et les avocats de la défense, « ceux qui ont commis les actes criminels, les membres des familles des victimes, les témoins ou les suspects, en tout, la série a employé 6000 acteurs » (80).

Pas une leçon de droit pour les juristes, donc, mais un complément utile, intéressant et comme d’habitude, parfaitement documenté (même si les titres pourraient être plus clairs) pour mieux apprécier la série. Les fautes d’orthographe et les coquilles laissées dans le texte ne lui rendent pas forcément hommage…

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