La Petite Main des Longues Haies, de Philippe WARET…

Pour le deuxième volume des Mystères de Roubaix (*), Philippe WARET choisit le quartier des Longues Haies comme décor. L’historien y situe deux nouvelles enquêtes du trio découvert dans L’Ecorcheur du Fontenoy, sur fond de liesse populaire. En effet, Roubaix a élu son premier maire socialiste et s’apprête à recevoir Edouard ANSEELE.

Nous sommes début septembre 1892…

Après son arrivée compliquée à Roubaix où il venait chercher du travail, Arnaud Dupin a su faire son trou au Populaire, entre Henri Bernard, le propriétaire du journal, et Léandre son secrétaire de rédaction. Au-delà du bon esprit et de la solidarité dont ils font preuve dans toutes leurs aventures, ce qui réunit ces trois-là est certainement le don d’observation et la curiosité. C’est ce qui va les mener sur la piste d’un enlèvement et d’un attentat politique. Deux affaires fâcheuses que nos trois Rouletabille auront tôt fait d’empêcher.

Deux nouvelles enquêtes pour les journalistes du Populaire

Mettant en scène un événement historique, La Petite Main des Longues Haies peine un peu avec l’intrigue. Pas de tueur en série à arrêter cette fois, mais le rapt d’une jeune-fille promise à la prostitution en Belgique et une tentative d’attentat cousue de fil blanc.

Il s’agit plus, dans cet opus, d’un récit animé que d’une enquête policière complexe, comme dans L’Ecorcheur du Fontenoy. Secondés par un (une ?) pickpocket, nos journalistes-enquêteurs passent leur temps en allers-retours dans la Rue des Longues Haies (205). Du journal au mont-de-piété, à l’Hippodrome théâtre, la Coopérative La Paix ou le commissariat, ils sont partout. Au bon endroit et au bon moment !

Comme dans le volume précédent, on prend plaisir au vocabulaire daté et si pittoresque ! Ainsi, le pickpocket est un « tire-laine » (81) et le ravisseur pourrait bien « trucider » la jeune-fille (163). Finalement, c’est le chef des malfrats occupés à préparer l’attentat (102) qu’on retrouve « révolvérisé en pleine face » (101). Ouf !

Si le mystère manque un peu dans La Petite Main des Longues Haies, l’action jamais ! L’écriture est visuelle (scène burlesque de la maison close (175-179), mouvements de foule, chevelure de Marie-Elodie (160-161)…) Une des grandes qualités de l’auteur.

L’histoire du pickpocket et celle de la maison close abordent le thème de la prostitution (155, 175-176) et des violences faites aux femmes (174, 181).

« Donc Clémentine restera Clément, et pour longtemps !, demande Arnaud à son compagnon d’aventure.  – Je ne sais pas. Mais pour l’instant, je crois que ça vaut mieux. Que puis-je espérer en tant que fille dans ce monde de brutes et d’exploiteurs. » (181)

Un peu manichéiste, le monde décrit par l’auteur ? Peut-être un peu, oui. Et c’est plutôt reposant !

Quartier des Longues Haies à Roubaix en 1892 : carte postale de l'Hippodrome théâtre

Le fabuleux Hippodrome Théâtre décrit par Philippe Waret dans La Petite Main des Longues Haies – ©Collection Médiathèque de Roubaix

Un Roubaix en liesse dans La Petite Main des Longues Haies

 

« Nouvelle page de [l’]histoire politique » de Roubaix (15), l’élection d’un maire collectiviste fait souffler un « air de nouveauté » sur la ville (22). Et Les Longues Haies sont :

« Un quartier populaire : de grandes usines, un labyrinthe de courées, la solidarité et les luttes ouvrières, des estaminets et des commerces, le Mont de Piété, les bains municipaux, le Gazomètre. » (205)

Les préparatifs pour l’inauguration de la nouvelle coopérative par Edouard ANSEELE commencent dès le chapitre 4. De surcroît, le jour de la fête est celui choisi pour l’évasion de Marie-Elodie (149-151). La ville est pavoisée, noire de monde et de fanfares pour accueillir et escorter les Gantois depuis la gare (125-127).

C’est cet événement, intensément festif et populaire (129-130), que Philippe WARET s’attache avant tout à nous faire vivre. Celui aussi qui fait tout le charme de cet opus :

« Rue des Longues Haies, le bruit et l’ambiance semlaient redoubler d’intensité : on s’interpellait de la rue aux fenêtres, on s’adressait des signes d’amitié, quelques manifestants enthousiastes entonnaient le chant du Lion de Flandre, le Vlaamsche Leone. Etait-on à Roubaix, à Gand, ou à Anvers ? » (134)

Dans le troisième tome des Mystères de Roubaix, Les Amateurs D’Art Du Tilleul, les journalistes du Populaire s’intéresseront à des vols de tableaux… Vous y serez ?

NOTES :

(*) Publié chez Pôle Nord Editions/Gilles GUILLON, l’historien de Roubaix Philippe WARET a entrepris d’écrire 12 polars, situés chacun dans un des douze quartiers historiques de la capitale mondiale du textile à la fin du 19ème siècle/grande ville industrielle. Sur le modèle des Mystères de Paris d’Eugéne Sue, la collection s’appellera Les Mystères de Roubaix. Déjà parus : L’Ecorcheur du Fontenoy (mai 2017), La Petite Main des Longues Haies (septembre 2017), Les Amateurs d’Art du Tilleul (janvier 2018) et Les Rouleurs de Barbieux (janvier 2019).

 

Merci à Pôle Nord Editions de m’avoir permis de découvrir ce livre.

En Savoir plus :

  • Acheter et lire le roman La Petite Main des Longues Haies de Philippe Waret (Pôle Nord Editions, Coll. Les Mystères de Roubaix, 2017)

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